Actualizado lundi 06 de février 2012
Home Charles Wiener: Le véritable découvreur de Machu-Picchu?
 
Qui a découvert Machu Picchu? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Rafo León   
Quarante ans avant Hiram Bingham, l'explorateur français Charles Wiener fut sur le point de découvrir la cité perdue des Incas.

 

 

 

Le consensus académique péruvien admettait que l´explorateur nord-américain Hiram Bingham, était le découvreur de Machu Picchu, fabuleuse ville inca située à l’orée de l´immense forêt amazonienne.

Aujourd’hui, lors des visites de touristes sur le site, les guides expliquent que Bingham , financé par l´université de Yale et la National Geographic Society, fut le premier homme à admirer, le 24 juillet 1911, la grandeur de ces constructions cyclopéennes, érigées sur une montagne (Machu Picchu signifiant vieille montagne) et au pied d´une autre, gigantesque, qui se dresse comme un orgueilleux symbole : Huayna Picchu signifiant jeune montagne.

Au début des années 1980, l´archéologie et l´anthropologie adoptent la notion “d´autrui”, développée par le Bulgare Todorov dans son analyse de la construction idéologique de la conquête de l´Amérique. C´est à partir de ces réflexions que Bingham a été requalifié “découvreur scientifique du Machu Picchu”. L´objectif était de souligner la différence entre la première visite du Nord-américain et les milliers de traces laissées par les habitants du Machu Picchu. Ce nouveau titre donné à Bingham est dû à la quantité de références orales et écrites évoquant l´existence du Machu Picchu, bien avant l´arrivée de l´explorateur nord-américain.

wiener

 

L´une des plus importantes mentions de la ville inca est celle du scientifique français Charles Wiener dans son livre Pérou et Bolivie – Récit de Voyage, publié à Paris en 1880. Wiener rapporte dans son document érudit : “À Ollantaytambo, ils m´avaient parlé de ruines anciennes situées à l´est de la cordillère. J’en connaissais déjà les noms, Vilcabamba et Choququirao. J´avais aperçu cet ensemble de vestiges depuis les rives de l´Apurimac, en face de la terrasse de l´Incahuasi. Ils m´avaient encore parlé d´autres villes, de Huayna Picchu et du Machu Picchu, et j´avais décidé de faire une dernière incursion vers l´est, avant de continuer mon voyage vers le sud.”  Wiener, fidèle à la rigueur de sa formation académique, note lorsqu’il mentionne Huayna Picchu :  “Nous croyons qu´il est de notre devoir de rappeler ici la seule note bibliographique qui fasse allusion à cet endroit “Le brillant avenir du Cusco” par frère Julian Bovo de Revello, (Cusco, 1848, p. 26). Huiana Picchu apparaît accompagné du nom de Huaina Pata, ce qui n´est pas étonnant, car Pata signifie coline.”

Les citations de Wiener concernant la ville sacrée de Pachacutec s´arrêtent là. On ignore pourquoi Wiener n´a pas visité ces lieux, qu´il positionne avec une telle exactitude. Edgardo Rivera Martínez, qui prolonge l´édition en espagnol du texte de Wiener que nous utilisons, écrit : “C´était à Ollantaytambo que les habitants avaient parlé à Wiener des vestiges se trouvant du côté oriental de la cordillère, notamment de Vilcabamba et de Choquequirao. Ce dernier emplacement avait déjà été exploré par le vicomte de  Sartiges et Léonce Angrand… Malheureusement, Wiener ne s´était jamais dirigé vers le célèbre site (du Machu Picchu) ce qui aurait pu le faire connaître trois décennies plus tôt.” 


Le grand méconnu

Mais, qui était  Charles Wiener, à peine cité par Bingham ? Il n’en est pas fait mention dans ses sources, ni dans ses articles, ni dans son célèbre ouvrage “La Fabuleuse découverte de la cité perdue des Incas”, best-seller depuis sa publication.
Wiener est né à Vienne, le 25 août 1851. Il commence ses études au lycée de sa ville, mais très vite, on le retrouve au lycée Bonaparte à Paris. En 1869 il décroche son baccalauréat à la faculté de Lettres. Ayant choisi la nationalité française, il commence sa carrière en enseignant l´anglais et l´allemand en France et en Angleterre.

En 1875, à l´âge de 24 ans, le Ministère français de l´Enseignement Public lui confie une mission d´exploration ethnographique et archéologique au Pérou et en Bolivie, travail qu´il va accomplir entre 1875 et 1877. La qualité de l´expédition, la rigueur de la documentation écrite, ainsi que des rapports graphiques lui valent de recevoir la Légion d´Honneur française. Dès lors, il se consacre à l´Amérique Latine, particulièrement aux pays andins. Il est nommé diplomate tour à tour dans différentes villes sud-américaines, telles que Guayaquil et Santiago du Chili, puis au Paraguay et au Mexique. Durant toutes ces années, son activité diplomatique, scientifique et humanitaire est intense. En 1878, il donne à Paris la première conférence avec projection de photographies de ses explorations. Il est le premier Occidental à escalader l´Illimani en Bolivie. Il a baptisé l´un de ces sommets Pico Paris.

En 1882, pionnier des Droits de l´Homme, Wiener réussit à sauver quarante et une personnes sévèrement condamnées par le dictateur équatorien Veintimilla. Il poursuit son œuvre humanitaire dans le domaine de la santé en dirigeant l´Hôpital français des Cholériques à Santiago du Chili à la fin du siècle. Wiener, Ministre plénipotentiaire, prend sa retraite à Paris, mais son destin sud américain ne la lâche pas : il décède, le 9 décembre 1913, pendant un voyage à Rio de Janeiro.



Il n´est pas raisonnable de mesurer les acquis et les mérites de personnages tellement différents, comme Hiram Bingham et Charles Wiener. Le premier est un homme de son époque qui a su valoriser et vendre son expédition au Machu Picchu, au point qu’elle devient l’exploit le plus prestigieux de son temps. Il a soigneusement mélé son travail scientifique et ses motivations personnelles dominées par l´argent et le souci de sa gloire. C´est grâce à une fausse information et par hasard qu´il a trouvé ce site inca devenu le symbole et même l´icône du Pérou.
Le second, Charles Wiener, est aussi un homme de son temps. Mais son époque était autre. Il avait comme priorités l’exactitude des rapports et les notes authentiques et vérifiées qui visent à contribuer au savoir universel, et non le profit personnel.

Un élément fâcheux renforce la différence entre les deux explorateurs : le destin de la découverte elle-même. Un contrat établi entre Bingham et le gouvernement du président du Pérou, Augusto Leguia, stipulait que les objets archéologiques découverts au Machu Picchu devaient être partagés entre l´État péruvien et l´Université de Yale durant une période donnée, afin de garantir inventaire et études. Actuellement, les deux signataires, l´État du Pérou et l´Université de Yale, sont en procès. En effet, les conditions du contrat n´ont pas été respectées par Yale en ce qui concerne la remise des richesses archéologiques exhumées à l´échéance prévue. Les conséquences politiques de ce conflit sont  graves, compromettent les intérêts économiques et soulignent la différence des choix idéologiques en révélant une attitude qui puise ses racines dans le colonialisme. Yale maintient que les objets archéologiques de Machu Picchu doivent rester en sa possession, au prétexte que les conditions de sécurité péruviennes ne seraient pas garanties. Un regard vers le passé montre le respect dont Charles Wiener faisait preuve en explorant un nouveau territoire, et nous pouvons affirmer que cette version de l’hégémonie occidentale est bien étrangère à l'esprit d´un homme ouvert et rigoureux, comme l’est l´auteur de Pérou et Bolivia.

 

 

L'éloge faite à Charles Wiener  

Les spécialistes des voyageurs européens qui arrivent en Amérique depuis la colonie jusqu`à la fin du XIXème siècle sont unanimes lorsqu´il s´agit d´attribuer à Wiener le qualificatif d´observateur aigu et méthodique. Son principal intérêt était celui du passé inca sans négliger l´analyse de  la continuité historique et culturelle de la réalité qu´il avait vécu en Bolivie et au Pérou. L´archéologue Duccio Bonavia attire son attention sur le fait que Wiener n´ait pas eu plus de prétentions scientifiques que l´ethnographie, mais la pertinence de ses notes et de ses gravures sont encore aujourd´hui source d´intérêt. Raul Porras Barrenechea, l´un des plus renommés historiens du Pérou du XXème siècle, met Wiener sur le même piédestal que Cieza de León, Antonio Raimondi et Squier. Estuardo Nuñez, probablement le meilleur spécialiste des voyageurs européens du XIXème siècle, fait d´innombrables éloges sur la qualité littéraire et intellectuelle de Wiener et à son esprit audacieux qui l´a permit d´accéder à des endroits inconnus par les explorateurs occidentaux. Un autre historien contemporain du Pérou très important, Pablo Macera, souligne que Wiener avait une attitude alerte et sensible avec les cultures du passé précolombien et aussi avec la vie contemporaine des pays qu´il avait parcouru.

 

 
 

Indices Revista Andes

Couverture-Ed-130.jpg

www.lan.com

www.enjoytour.cl

www.gbtbolivia.com

Bannière
Bannière