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Actualizado miércoles 23 de agosto 2017
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"Carnets des Andes" : L'épopée des Marmillod PDF Imprimir Correo electrónico


Rencontre avec Marc Turrel, auteur du livre "Carnets des Andes" sur Frédéric et Dorly Marmillod

Par Anne Hauben, journaliste.

Lancement du livre à Penthes


Ce récit d'aventures, édité dans un format beau-livre, vient de paraître aux Editions Slatkine à Genève. A découvrir absolument!


Anne Hauben : Pourquoi ce livre et pourquoi a t-il fallu attendre si longtemps pour le publier ?

Marc Turrel : Il existe beaucoup plus d’informations sur les Alpes et l’Himalaya que sur les Andes et il n’est pas étonnant que l’aventure de Frédéric et Dorly Marmillod soit restée méconnue et ignorée pendant plus d’un quart de siècle.Pourquoi ce livre, parce que c’est l’une des plus belles aventures de la montagne. On découvre un couple qui va réaliser des premières ascensions dans les Andes, à une époque marquée par la guerre, et tout au long de leur séjour qui va durer 20 ans, Frédéric et Dorly Marmillod se lient d’amitié avec les plus grands alpinistes de l’époque. Ils deviennent les pionniers de l’alpinisme dans les Andes, ce que l’on appelle l’andinisme, avec un style tout à fait inédit .Dorly est la première femme à escalader autant de sommets, elle est le symbole d’une féminité dans un sport qui était principalement réservé aux hommes. Réhabiliter cette magnifique aventure, c'est tout l’intérêt de ce livre aujourd’hui.


Anne Hauben: Ce n’est pas seulement un livre de photographies. C’est un récit d’aventures dans un format beau-livre qui raconte les péripéties de ce couple d’alpinistes suisses en Amérique latine de 1938 à 1958 à partir de documents et surtout à partir des carnets de voyages qui se trouvaient dans les archives de la famille Marmillod.

Marc Turrel: Ces carnets de notes sont un mélange d’esthétisme et d'exotisme, qui va du plus spectaculaire, comme le récit de leurs ascensions sur les plus hauts sommets de l’Amérique du sud, à un quotidien de voyageur écrit avec beaucoup de talent et d’humour, aussi bien par Dorly que par Frédy,d’où l’incontestable intérêt historique et documentaire de ces carnets de voyages, et le titre de notre livre «Carnets des Andes ».

Parmi les sources qui nous ont permis de rédiger ce livre, il y a les interviews réalisées par le premier biographe des Marmillod, l’américain Pieter Crow -qui, dans les années 70 et 80, a réuni de très nombreux témoignages- ainsi que des extraits de son récit qui apportent un éclairage unique sur cette épopée des Andes. Sans oublier les articles de montagne que Frédy envoyait à la revue du Club Alpin Suisse, la revue Les Alpes… et bien entendu le fonds photographique, près de 1000 photographies en noir et blanc dont la plupart sont des documents uniques sur les premières ascensions de la Cordillère des Andes, de très beaux inédits. Nous avons retrouvé par exemple les premières photographies prises aux sommets des principales montagnes du Chili en 1938, de la Colombie en 1943 et du Pérou en 1944, celles prises évidemment par Frédy.C'est aussi un enseignement édifiant sur l'évolution des glaciers dans la cordillère.


Anne Hauben: Tout n’a pas été publié, mais cela constitue un fonds exceptionnel pour l’histoire et la mémoire de ces pays.

Marc Turrel: Au niveau du travail iconographique et du choix des photos, nous avons essayé de restituer la vie et le style des Marmillod, notamment leur élégance, leur prestance, la féminité de Dorly, je ne dis pas que c‘est un livre de mode, loin de là, mais il était important de rendre attrayante cette approche de la montagne. La difficulté étant de ne pas répéter les mêmes situations, on a travaillé tous les angles de leur personnalité parce qu’ils ont vraiment été jusqu‘au bout de leur style. C'est donc le premier intérêt de ce livre, un fonds photographique exceptionnel sans oublier non plus les articles de presse et de très belles cartes géographiques de l'époque. Cela constitue vraiment l’identité de la montagne dans les pays andins.


Anne Hauben: Il faut s’imaginer les conditions dans lesquelles les Marmillod réalisèrent ces premières ascensions dans les Andes, d’abord le contexte politique, la guerre, l’inquiétude de voir un conflit s’étendre au monde entier, très peu de communications, le courrier est censuré,ils ne peuvent pas rentrer en Suisse. Leur pays mobilise ses troupes à deux reprises, en 1939 et 1940.

Marc Turrel: Ils doivent aussi lutter contre les préjugés de certains de leurs compatriotes en Colombie qui les accusent de grimper avec des sud-américains d’origine allemande comme ce fut le cas avec Erwin Kraus, le meilleur grimpeur de ce pays, accusé d’être un nazi, une accusation d’ailleurs totalement infondée. Il suffisait d’avoir des origines allemandes en Colombie en 1943 pour être sur la liste noire des Etats-Unis.

Et d’un point de vue logistique, les équipements et le matériel de montagne étaient beaucoup moins pratiques qu’aujourd’hui, les cartes étaient très imprécises, voire inexistantes, il n’y avait évidemment pas de secours en montagne, peu d’informations sur les risques liés au mal des montagnes. Les Marmillod ne peuvent compter que sur leurs propres moyens pour faire face à tous ces dangers, à tous ces obstacles.


Anne Hauben: Quels sont les autres aspects de leurs personnalités que vous avez voulu privilégier ?

Marc Turrel: Je trouvais qu’il manquait dans les récits d’aventures sur la montagne en Amérique latine, cette posture à la fois romantique et romanesque que les Marmillod vont incarner. En regardant les documents et les photographies, je me suis rendu compte que leur vie, c’est à la fois un vertige vertical et un vertige horizontal … pour reprendre une expression, aux confins de ces « bouts du monde suspendus » . C'est fascinant de voir la quantité de sommets qu’ils escaladent, de pays qu’ils traversent, l’aimantation qu’exercent sur eux ces territoires, le ravissement qu’ils éprouvent pour la Cordillère des Andes et l’attraction qu’ils ressentent l’un pour l’autre.Il n’ y a pas d’équivalents. Il est rare de voir des cordées d’alpinistes qui ont duré aussi longtemps.

Ils apportent une sensibilité, des émotions, des sentiments liés à une vision raffinée de la montagne, on dirait aujourd’hui très stylée, dans ces paysages d’Amérique du sud qui n’ont que très peu d’histoire, et au delà de la forme, un profond désir d’aventure, une passion qui a duré toute leur vie… et c’est qui est rare dans l’historiographie de la montagne.


Anne Hauben: Les deux héros sont très charismatiques. Quand on les voit tous les deux sur les photos, ce sont des acteurs de cinéma...

Marc Turrel: "Il y a un air hollywoodien chez Frédy avec son physique de jeune premier, toujours très élégant, très posé, très calme, très avenant avec un vrai sens de l’humour, et puis Dorly par sa beauté et son style, elle surprend, elle séduit avec son côté Ava Garner, très glamour aussi. On est tous sous le charme de ces personnages, c’est vrai qu’elle exerce une séduction, tout en étant aussi d’une douceur, d’une gentillesse, d’une simplicité étonnante et d’une fidélité totale...Malgré tous les dangers auxquels ils s’exposent- il leur fallait des semaines voire des mois pour rejoindre les premiers campements- et bien malgré l’existence de tous ces dangers, Dorly est toujours souriante, pleine d’enthousiasme et d’énergie. Beaucoup de légèreté et d’humour, c’est une véritable première de cordée, en montagne comme dans la vie. C'est déjà un couple hors norme à l’époque.

Un mot aussi sur leur approche de la montagne. Comme le précise Alain Mesili dans le prologue du livre, Frédéric et Dorly Marmillod n’étaient pas des professionnels de la montagne, ils ne la défiaient jamais et ils acceptaient de ne pas arriver au sommet comme une situation normale. Une vision très différente de l’alpinisme aujourd’hui. La montagne n’était pas un challenge pour eux. Ce n’était pas du tout dans leur esprit. La reconnaissance médiatique et l’argent de la publicité ne sont pas un ressort pour pratiquer l’alpinisme, ils ne recherchaient ni la notoriété, ni la gloire, bien au contraire, je dirais même plus qu’ils la fuyaient. C’est peut-être aussi pour cela que leur histoire est restée si longtemps ignorée.


Anne Hauben: Par contre, c'est la force de l’amitié en montagne et ce rapprochement extraordinaire face à l’adversité qui comptaient beaucoup pour eux?

Marc Turrel : Leur fascination pour l’Aconcagua en est l’exemple. Cette montagne, avec toute son histoire faite d’héroïsme, de tragédies souvent macabres aussi, est devenue une montagne humaine, si j’ose dire, une montagne presque fraternelle. Ils humanisent ce qui est déshumanisé. C'est là qu’il rencontre Fernando Grajales et Francisco Ibanez, les deux plus grands alpinistes argentins, une rencontre qui va devenir le symbole d’une profonde amitié pour ne pas dire d’une affection. Et puis, ils sont toujours préoccupés par le sort de leurs camarades ou par des situations en montagne qui demandent de la solidarité, de l’entraide. C'est bien cette rupture avec le profil et le schéma des alpinistes classiques de l’époque, qui apporte une nouvelle dimension, une exception que nous avons essayé de traduire dans ce livre.


Anne Hauben: Il y a cette fameuse anecdote sur Eva Peron et leur amitié avec Lionel Terray et les Français de l’expédition au Fitz Roy.

Marc Turrel : En janvier 1952, un des objectifs de Fernando Grajales est de déposer au sommet de l’Aconcagua un exemplaire du livre de Eva Peron, la « Raison de ma vie". C'est un geste très symbolique et romantique de la part de Fernando Grajales que de laisser ce livre au sommet de l’Aconcagua. Eva Peron est gravement malade, elle ne lui reste que quelques mois à vivre, on est en 1952. Elle a 33 ans. Grajales en a 28 ans, ils étaient presque de la même génération. Personne n’est au courant de son geste,les Marmillod trouvent ce livre au sommet et l’envoie à Eva Peron qui leur répond par cette très belle lettre que nous publions dans le livre.

Je voudrais insister sur cette période des années cinquante. Comme le disait Pierre Mazeaud, les montagnes ont été la dernière conquête de l’homme sur la planète, ce qu’il appelle le troisième pôle, et les Marmillod ont eu la chance de vivre entre les années 40 et 50, cet âge d’or de l’alpinisme, cette décennie au cours de laquelle ont été gravis les plus hauts sommets du monde. Ils ont eux-mêmes réalisé beaucoup de premières ascensions en Amérique latine, gravi des centaines de sommets, ils sont appréciés par les plus grands alpinistes de l’époque. Et puis, ils vivent dans cet âge d’or de l’alpinisme: Herzog, Lachenal et Terray réalisent la première de l’Annapurna, un événement qui a un retentissement considérable.Cet âge d’or de l’alpinisme mondial, l’Argentine en est aussi de la partie avec l’expédition au Dhaulagiri de Francisco Ibanez en1954, un défi considérable que Peron a financé et soutenu jusqu’au bout. Peron était un passionné de montagne et un très bon skieur. L’alpinisme l’enthousiasmait. Ce n’était pas du tout une attitude feinte ou démagogique, il avait une inclination naturelle et profonde pour l’andinisme.

Alors quand les français reviennent de Patagonie, victorieux, quelques mois plus tard, ils sont fêtés dans toute l’Argentine.

Et puis il y a cette anecdote étonnante où les Marmillod les reçoivent dans leur maison à Buenos Aires. C’est une fête incroyable. Mais je ne veux pas vous raconter tout le livre.

Les Marmillod, c’est l’histoire d’une amitié.



 
 

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