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Vagabonder dans la région de l'Ausangate enneigé ou escalader ses 6 384 mètres est un extraordinaire défi pour nombre d’amateurs d'aventures sportives du monde entier. En 2007 fut lancée une nouvelle approche de l’admirable et traditionnel chemin de l’Ausangate, sous le nom de “Chemin à l'Apu Ausangate”. L’originalité de cette belle excursion réside dans l’étroite relation qu'établit le voyageur avec les communautés locales.

L'Ausangate, la plus imposante montagne enneigée dominant Cusco, fait partie de la cordillère du Vilcanota. Au terme d’une expédition menée en 1976, le glaciologue péruvien, Benjamin Morales Arnao, a constaté que cette cordillère était, au niveau mondial, la moins contaminée par la pollution. Pour prendre sa route, le voyageur doit quitter la ville de Cusco par le Sud et gagner la province de Canchis par le village de Pitumarca. Les paysans et les bergers de cette contrée vivent dans un extrême dénuement, mais le voyageur découvre bien vite que la pauvreté, dans ces pâturages, n’a rien à voir avec la misère indigne qui sévit dans les grandes villes sud-américaines. Territoire des dieux et des hommes Nicolás Condori, jeune membre de la communauté de Chillka, nous accueille au bord de la route avec un thermos de maté de coca qui nous aidera à supporter l’altitude. Nicolás, dans un grand sourire, nous apprend qu’il est membre d’une association et chef d'entreprise. Nous progressons dans le canyon de Quencomayo, laissant derrière le glacier Condortocto. Sur le chemin, antérieur à la civilisation inca, nous rencontrons une bergère surveillant ses alpacas. Elle fait partie de l’association de tisserands de Chillka, et elle est également chef d'entreprise. “Hier, justement, nous explique Nicolás, huit étrangers ont acheté du tissu à nos compagnons associés pour une somme de mille deux cent dollars”. Nous comprenons alors l’objectif de ces entreprises. Il s'agit d'augmenter les recettes des membres associés grâce à des pratiques conviviales en harmonie avec l'environnement, et en respectant la vivante culture ancestrale. L’aubaine que représente cette vente de tissu appelle une offrande pour remercier l'Ausangate Apu. Dans la mythologie andine, Apu est le nom quechua qui désigne la montagne sacrée, la colline tutélaire, huaca signifiant objet de vénération. Il réclame des offrandes et, en retour, donnera un sens à la vie des hommes. Lié aux allégories de la nature, Ausangate est l'Apu inca par excellence. Les habitants des communautés de Chillka et Osefina, situées dans les régions voisines de la montagne, voient en l'Ausangate le créateur des ressources vitales : alpacas, eau, viscacces (sorte de lièvre pourvu d’une longue queue), tubercules, pâtures… C’est à lui qu’on doit également les fibres dont on fera des étoffes, ainsi que tous les outils et moyens de production qui permettent aux femmes et aux hommes de supporter leurs rudes conditions de vie. 
Au cours d’une ancestrale cérémonie, le Qoillor Íti (Étoile de Neige), se formulent chaque année les vœux de prospérité pour la terre, l'eau, la pérennité de la vie et l'espoir de jouir des ressources de la nature. Au cours de ces rituels, mélange de religion chrétienne et de coutumes anciennes, des blocs de glace sont arrachés du flanc des montagnes et apportée au bas de celles-ci, symbolisant l’arrivée des eaux jusqu’à portée de main de l'homme. Ces cérémonies, imprégnées du respect des dieux et de la nature, ne nuisent pas au développement local et protègent l’identité culturelle. Le “Chemin de l'Apu Ausangate” a été créé par une association de chefs d'entreprise de Chilka et Osefina. C’est une initiative privée au sein de laquelle les partenaires ont les mêmes droits. Des clauses de protection évitent que, suite à une augmentation du capital, les communautés perdent leurs parts d’origine. Dans cette organisation, Chillka et Osefina bénéficient du tourisme en assumant la gestion des guides, de la nourriture et du logement. Au long de la route, s’offrent quatre pensions tout confort, à l’architecture parfaitement intégrée dans l’environnement, grâce à leur conception et l'emploi de matériaux traditionnels : boue, pierre, bois, paille. Le circuit pédestre dure cinq jours et quatre nuits. Il est réservé à des marcheurs aux bonnes jambes et larges poumons. Terre de troc La beauté du paysage et les rencontres avec les communautés sont les principaux intérêts de ce trekking. Chaque jour apporte ses joies. Dès notre arrivée, nous sommes éblouis par les massifs Papillon et Hatunjampa encadrant la pointe blanche de l'Ausangate. Ce matin, réveil au son de la harpe, de la bandurria, de la flûte et d’un chant qui semble venir des profondeurs magiques de la nature. Ce sont des amis de Chillka qui ont voulu nous saluer en musique, à l’apparition du soleil. Notre marche commence parmi les gigantesques cactus avec, en toile de fond, les brillantes montagnes enneigées. Tout en cheminant, nous faisons la connaissance de Nicolasa, petite fille d’environ dix ans, accompagnée de son jeune frère Ronnie. Comme chaque jour, pour regagner la maison, ils marchent trois heures depuis l’école d’où, une fois de plus, l'enseignant était absent. En effet, nous sommes vendredi et le professeur doit se rendre à Cusco pour percevoir son salaire. À la suite des enfants nous parvenons à une hutte en pierres et toit de paille où la mère les attend en tissant une couverture aux vives couleurs. Bien qu’elle ne parle que le quechua, nous nous comprenons. Elle nous invite à partager quelques pommes de terre. Comme les autres bergers, elle reçoit des pommes de terre et du maïs en échange de viande et poils d'alpaca. Le troc fonctionne encore à plein au pied de l'Ausangate. Le soir, à la pension de Chilkkatambo, les villageois nous reçoivent à nouveau au son de la musique en guise de fraternelle bienvenue. Accompagné de son jeune fils Gilber, Mario Irco associé chef d'entreprise est venu saluer les montagnes enneigées, comme le faisaient ses ancêtres. Il porte un bonnet tricoté, typique avec ses couleurs contrastées et des tresses de laine flottant jusqu'aux épaules. Nous quittons Machuracaytambo, la deuxième pension située près du lac Paloma. pour gravir le Palomachayoc qui culmine à 5 150 mètres. Selon les coutumes andines, l’entreprise de toute activité implique de faire une offrande. Pour preuve, les nombreux “apachetas” qui jalonnent le chemin, adressant un salut aux voyageurs. Ce sont des monticules de pierres plates, édifiés pour remercier la terre de nous avoir permis de franchir une montagne et d’en aborder une autre. On observe aussi de curieux présents figurant les aspirations des paysans : maison, ferme, hôtel, avion. Ces formes symboliques sont les miniatures d’un grand désir. Dans le sud andin, vers la région d’Aymara, on nomme cette pratique alasitas (petites ailes). Au soleil, la chaleur est intense, mais quelle que soit l'époque de l'année, le climat peut devenir capricieux et une pluie intense, la grêle ou même la neige peuvent surprendre. Mais les guides campagnards savent anticiper les changements de temps, et nous arrivons sans encombre à Anantapata. Des métiers à tisser qui racontent des histoires 
Le ciel est dégagé. Nicolás nous mène à une source appelée Illapuqiuo. D’après la légende, le dieu Illa Tecsi Wiracocha Pacha Yachachij l’a créée pour y faire naître l’alpaca et soulager ainsi la misère des hommes. Encore aujourd’hui, ce lieu nommé pacarina, est sacré et source de vie. Le quatrième jour est bien dur : il nous faut escalader trois sommets de 4 900 mètres chacun. Ayant gravi le deuxième, nous contemplons à nos pieds le lac Kayrawiri semé d’îlots de paille flottants, entourés de yanavicos (ibis), huallatas (oie andine), camélidos et canards que rien ne perturbe. Nous restons fascinés par un paysage vieux de trois cents millions d'années, d’une grandeur et d’une beauté inimaginables. Les yeux s’égarent sur monts et collines de couleur grise, verte, ocre, marron. Le bleu n’est pas absent et teinte les esplanades, vallons et pentes douces Ondulant, le paysage ressemble à un poncho géant. Cette évocation ne tient pas au hasard : les hommes et les femmes de Chillka et d'Osefina sont tisserands depuis des temps immémoriaux. Cela nous est confirmé lorsque, au bout de la randonnée, des femmes s’avancent pour nous saluer et présenter un grand nombre d’étoffes en fibres naturelles tissées, teintes à l’aide de colorants végétaux dessinant une imagerie originale. Le dernier jour, sur le chemin de retour, apparaissent les champs de pommes de terre signalant que nous gagnons la plaine. Nous gardons en tête ce que nous avait confié Nicolás devant l'Ausangate, le deuxième jour de notre voyage : “Chaque fois que je suis face à l'Apu, je ressens une grande émotion religieuse”. Nous lui avons demandé s’il était catholique et il nous a répondu “Oui, mais l'Ausangate ne s’en offense pas. Les prêtres de l'église oui, mais l'Apu me veut tel que je suis. » Renseignements Chemin à l'Apu Ausangate - Andean Lodges. Contact : Roger Valence. Pour plus d’informations : www.ausangate.net www.andeanlodges.com www.auqui.com Préparation Physique Pour profiter du Chemin de l'Apu Ausangate, une bonne préparation physique est nécessaire. Marche deux à trois fois par semaine, course à pied ou vélo sont des activités recommandées, ainsi que toute pratique sportive améliorant le niveau d’endurance. Avant le voyage, on recommande une acclimatation préalable de trois ou quatre jours à plus de 3 000, comme sont Cusco et la Vallée Sacrée. Pendant la randonnée, il est important d’absorber quantité d’eau et du maté de coca.
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